LE TRIPODE

À l’origine, le Tripode doit son nom à Alfred Jarry. Cet écrivain épris d’absolu, qui aimait l’amitié, le vin et le vélo, avait baptisé ainsi le cabanon sur pilotis qu’il s’était construit en bord de Seine, à Corbeil, pour se reposer de Paris et pêcher. La leçon nous est restée.

Nous avons trouvé rapidement une autre raison à ce choix. Un tripode (« trois pieds » en grec) est un symbole de stabilité, ce qui n’est pas rien. Eh oui, trois pieds trouvent toujours un équilibre : une chaise ou une table peuvent être bancales, un trépied jamais. Cela ne tient pas de la magie mais de la géométrie euclidienne, qui explique que trois points non alignés forment à coup sûr un plan. Ainsi, ce nom rappelle les trois piliers sur lesquels repose la maison d’édition : les littératures, les arts, les ovnis.

Les esprits malicieux y verront peut-être aussi un clin d’œil aux soucoupes volantes de La Guerre des mondes de H. G. Wells et à leur structure à trois pattes. (De fait, on espère bien que nos livres produisent le même effet de surprise, la terreur en moins.) Dans le même ordre d’idée, on le reconnaît, appeler la maison d’édition de ce nom était également un moyen de taquiner les esprits cartésiens : comment peut-on associer le tripode à un logo qui tient du cercle et du carré ?

Mais, en définitive, on se demande quand même si l’ultime vérité de ce terme n’est pas encore ailleurs. Oui, il nous aura fallu du temps pour comprendre que nous aimions aussi ce mot pour la simple beauté de ses sonorités, qui portent en elles les intuitions d’un voyage (trip) et du plaisir (ode).